Ce que je sais, c'est que ses parents n'ont jamais vraiment désiré ce mariage. Lui, fils unique (et héritier) d'une famille de riches industriels francontois. Moi, enfant de crève-la-faim, écrivain à scandales. C'est juste que je n'ai pas ma langue dans ma poche... et j'appelle un chat un chat. Mes bouquins plaisaient au gens, parce que je parlais comme eux et je ne vivais comme personne.
Ma vie avant lui se résumait assez facilement : alcool, fête avec alcool, drogue avec alcool, sexe avec alcool, solitude avec alcool. Je passais mes journées à rire en société pour mieux masquer ma haine et mon mépris. Je m'inventais des mondes meilleurs et je les explorais pour pouvoir les raconter aux gens. Ma vie était comme une bonne soupe qui aurai quand même un arrière gout de merde.
Et puis je l'ai rencontré, de la façon la plus simple qui soit. Il avait lu mes livres, il souhaitait me rencontrer autour d'un verre à Paris. J'ai dit oui, je n'avais rien à perdre. La première chose que j'ai pensé en le voyant pour la première fois, c'est que ce serait l'homme de ma vie. Nous nous sommes donc mariés et nous avons passé une semaine en Norvège pour notre Lune de Miel.
De retour à la maison, j'ai fait craqué mes dix doigts devant ma machine à écrire, prète à reprendre du service après une année artistiquement stérile. Bien bien bien.... par quoi commencer....? Alors ça pourrait être l'histoire d'une groniasse... pff ... non déjà fait, ça va finir par être redondant. Et si je relisais mes anciens livres, histoire de me remettre dans le bain? C'est parti.
Je me suis retapé la bibliographie complète, me foutant de la gueule des premiers écrits et beaucoup moins des plus récents. Tout, jusqu'à ce qu'il fallût que je signe un nouvel ouvrage à la collection.
Impossible.
Des heures durantes, j'étais incapable de trouver une histoire potable, ou ne serait-ce qu'une trame. Rien. Le néant intellectuel total. Je n'ai plus rien d'autre à écrire que du bonheur. Quelle tristesse ! Ca à duré des jours et des jours et des mois et UN AN avait passé et je n'avais toujours pas noirci une ligne. Et mon mari, mon cher amour, n'en finissait pas de me rendre heureuse.
Deux ans se sont écoulées avant que je décide de reprendre les choses en main. Les gens m'avaient oublié, mes livres n'étaient plus en tête de gondole... c'en était trop. Le 16 mars, 3 ans après notre première rencontre, j'ai emmené mon mari dans notre maison familiale, en plein coeur du Finistère, au millieu de nulle part. Là bas nous avons un gros chat - en réalité il s'agit de celui de la voisine - qui vient toujours se nourir chez nous. Bref, la nuit arrive, nous avions fait l'amour quatre ou cinq fois comme d'habitude, et mon tendre chéri finit par s'endormir. Je veillais à son sommeil, je pourais le regarder toute ma vie dormir tant il est beau et innocent. Je l'aime tant mon Dieu, que je l'aime...
Et puis je l'ai poignardé. Il n'a pas fait un bruit, il n'a pratiquement pas saigné. Je l'ai porté jusqu'à la cuisine où je l'ai découpé en morceau. J'ai cuisiné sa chair et j'ai calciné ses os dans l'immense four à pain que nous avions dans la remise. J'ai donné à manger au chat, le menu ne semblait guerre plus l'attirer qu'une assiette de moue. Peu importe, maintenant j'étais malheureuse. Plus malheureuse que jamais. Et mieux que ça même, j'étais rongée par la honte et le remors.
De retour à la maison, j'ai fait craqué mes dix doigts devant ma machine à écrire. Je tenais la meilleure histoire de toute ma carrière.

Je suis sortie pour aller chercher des clopes tout à l'heure.
Plus fort que Jonh Malkovich, plus authentique que Loft Story, plus
pénétrant que Streep Tease... mes amis ce soir je vous offre 24h de la vie de Nina.
Y'en a qui on le coeur grenadine, moi j'ai les yeux marocains.
Avis du jury