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Mardi 18 mars 2008
Nous nous sommes rencontré un 16 mars, il faisait très beau, et nous nous sommes mariés un 12 avril, une année avait passée, et il avait beaucoup plût ce jour là.
Ce que je sais, c'est que ses parents n'ont jamais vraiment désiré ce mariage. Lui, fils unique (et héritier) d'une famille de riches industriels francontois. Moi, enfant de crève-la-faim, écrivain à scandales. C'est juste que je n'ai pas ma langue dans ma poche... et j'appelle un chat un chat. Mes bouquins plaisaient au gens, parce que je parlais comme eux et je ne vivais comme personne. 
Ma vie avant lui se résumait assez facilement : alcool, fête avec alcool, drogue avec alcool, sexe avec alcool, solitude avec alcool. Je passais mes journées à rire en société pour mieux masquer ma haine et mon mépris. Je m'inventais des mondes meilleurs et je les explorais pour pouvoir les raconter aux gens. Ma vie était comme une bonne soupe qui aurai quand même un arrière gout de merde. 
Et puis je l'ai rencontré, de la façon la plus simple qui soit. Il avait lu mes livres, il souhaitait me rencontrer autour d'un verre à Paris. J'ai dit oui, je n'avais rien à perdre. La première chose que j'ai pensé en le voyant pour la première fois, c'est que ce serait l'homme de ma vie. Nous nous sommes donc mariés et nous avons passé une semaine en Norvège pour notre Lune de Miel.
De retour à la maison, j'ai fait craqué mes dix doigts devant ma machine à écrire, prète à reprendre du service après une année artistiquement stérile. Bien bien bien.... par quoi commencer....? Alors ça pourrait être l'histoire d'une groniasse... pff ... non déjà fait, ça va finir par être redondant. Et si je relisais mes anciens livres, histoire de me remettre dans le bain? C'est parti.
Je me suis retapé la bibliographie complète, me foutant de la gueule des premiers écrits et beaucoup moins des plus récents. Tout, jusqu'à ce qu'il fallût que je signe un nouvel ouvrage à la collection. 
Impossible.
Des heures durantes, j'étais incapable de trouver une histoire potable, ou ne serait-ce qu'une trame. Rien. Le néant intellectuel total. Je n'ai plus rien d'autre à écrire que du bonheur. Quelle tristesse ! Ca à duré des jours et des jours et des mois et UN AN avait passé et je n'avais toujours pas noirci une ligne. Et mon mari, mon cher amour, n'en finissait pas de me rendre heureuse. 
Deux ans se sont écoulées avant que je décide de reprendre les choses en main. Les gens m'avaient oublié, mes livres n'étaient plus en tête de gondole... c'en était trop. Le 16 mars, 3 ans après notre première rencontre, j'ai emmené mon mari dans notre maison familiale, en plein coeur du Finistère, au millieu de nulle part. Là bas nous avons un gros chat - en réalité il s'agit de celui de la voisine - qui vient toujours se nourir chez nous. Bref, la nuit arrive, nous avions fait l'amour quatre ou cinq fois comme d'habitude, et mon tendre chéri finit par s'endormir. Je veillais à son sommeil, je pourais le regarder toute ma vie dormir tant il est beau et innocent. Je l'aime tant mon Dieu, que je l'aime...
Et puis je l'ai poignardé. Il n'a pas fait un bruit, il n'a pratiquement pas saigné. Je l'ai porté jusqu'à la cuisine où je l'ai découpé en morceau. J'ai cuisiné sa chair et j'ai calciné ses os dans l'immense four à pain que nous avions dans la remise. J'ai donné à manger au chat, le menu ne semblait guerre plus l'attirer qu'une assiette de moue. Peu importe, maintenant j'étais malheureuse. Plus malheureuse que jamais. Et mieux que ça même, j'étais rongée par la honte et le remors.
De retour à la maison, j'ai fait craqué mes dix doigts devant ma machine à écrire. Je tenais la meilleure histoire de toute ma carrière.
par Nina publié dans : lecrachoir
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Vendredi 11 janvier 2008
Merci de lire d'abord l'article "Dans la tête du tueur" (cf vieux glaires de mai 2007) pour une meilleure compréhension.

Tueur2.jpg
Je suis si fatiguée ce soir. Je suis épuisée. J'ai faim, j'ai froid. Mon cerveau me joue des tours.Je ne sais plus si ces personnes qui me regardent en riant avec leurs dents poitues en fellant comme des tigres enragés sont bien réelles. Je délire complétement. Je suis tellement fatiguée ce soir.
Il faut que je rentre chez moi. Je ne sais plus depuis combien de temps j'erre dans la ville. Je te hais saloperie de ville, narquoise et méprisante. Toi et tes millions de voix anonymes qui se moquent de moi. Toi et toute ta fange qui me ronge la chaire comme la pire des lèpres. 
Il n'y a que les rails de ton métro qui sont séduisantes. Elles me plaisent et j'ai tellement envie de les voir de plus près. J'ai envie que ton métro me penettre de plein fouet. Violemment, en hurlant par tous les rouages de sa mécanique démoniaque. Mais quelque chose en moi me retient. Mon coté masochiste qui me ratache à la vie. Celle que j'ai foutu en l'air. Mais ce n'est pas ma faute, c'est les autres. Ils m'ont chercher. Ils le méritaient. Je n'ai aucun regret.
Il faut que je me repose 5 minutes. J'entre dans le waggon prèsque vide. J'ai besoin de dormir un peu. Mais je n'y arrive pas. Je n'y arrive pas parce qu'une petite SALOPE parle en hurlant à sa copine. Putain mais ferme la.... ferme la... FERME TA PUTAIN DE GUEULE !!!!!!
Elle est moche, une petite saloperie de bourgeoise sodomite. Chiennasse, tu m'empèches de dormir et ça m'ennerve beaucoup. Vraiment beaucoup. Et ça ne sert à rien de m'ennerver plus que je ne le suis déjà.
Non.
Il faut que j'arrive à me controler. Il le faut. Mon dieu, aidez moi. Il faut que je sorte à la prochaine station sinon je sais ce qui va se passer. Je vais l'étrangler. Je vais la tuer en serrant si fort son cou que la pression fera sortir ses yeux de ses orbites.
Le métro s'arrete en pleine voie. Annonce du conducteur : "Notre train est arreter pour quelques instants en raison de personnes présentes sur la voie, station Maubert Mutualité"
C'est un signe. Je dois le faire. Le destin est cellé. Et elle continue à parler. Parler fort de choses dont tout le monde se tape. Je dois le faire. Je dois faire ce que tout le monde voudrait faire secretement. Je le sais. C'est ma mission ici bas.
Alors je me lève d'un bond, je saute sur ma proie tel un fauve sur une putain de sale bête malade. Je la saisie au cou de toutes mes forces. "CREVE SALOPE ! TU M'ENTENDS SALE PUTE !? TU M'ENTENDS !?"
Mes dents sont tellement serrées que je manquerai prèsque de me les casser.
Les quelques personnes présentes dans le train assistent à la scène, térrorisées. Après un très court instant, quelqu'un va enfin tenter de me séparer d'elle. Il est heureusement trop tard.
C'en est trop. Je suis prise de convultions, je rie en pleurant. Je ne sais plus pourquoi j'ai fait ça mais je me sens tellement mieux. Aaahh oui, ce silence ! J'aime le silence.
Le train redémarre.
Je sors à Maubert. Là les policiers m'attendent. Ils m'emmènent. Je ne résiste pas. Je suis tellement soulagée. J'ai envie de rire. Je me sens légère comme une plume.
Je leur ai raconté ma vie. Ils m'ont jugée. Je suis désormais considérée comme dangeureuse et l'on décide de m'enfermer dans un asil psychatrique pour criminels psychopates multirecivistes. Je m'y attendais un peu.
Seule dans ma cellule vide, je pourrais avoir la paix. Enfin un peu de silence. Mais il y a toujours cette saloperie de néon au plafond, qui s'ammuse à se foutre de ma gueule, avec ses petits yeux jaunes et cruels. J'entends nuits et jours son rire aigüe comme une aiguille, qui me perce le timpan.
C'est ça, rigole. Rira bien qui rira le dernier.
par Nina publié dans : lecrachoir
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Dimanche 23 décembre 2007
"Bon ! ! salut les gars j'me casse, il est déjà 5h00 !"
Et  ce fut dans un état d'ivresse avancée, la machoire engourdie par tant d'alcool ingurgité, que je pris congé de mes amis et que je quittais la maison où nous avions festoyer toute la nuit, pour une raison x ou y.. je ne sais plus vraiment en fait.
En ouvrant péniblement le lourd portail caractéristique des pavillons versaillais, je fut fortement éblouie par la lumière de l'Aube. Une lumière blanche et très puissante qui m'empèchait de voir quoi que ce soit aux alentours. A tâtons je décidais de me lançer à travers la bouillie lumineuse, dans l'espoir fou de regagner mes pénates.
Premier pas, qui s'enfonça en entrainant la moitié de mon corps dans une sorte de neige grise, plutot chaude. J'essaillais tant bien que mal d'avancer. Au loin, deux silhouettes noires avançaient vers moi. Elles n'avaient pas l'air de lutter dans l'espèce de truc tout dégeux dans lequel j'étais pratiquement prisonnière. Je reconnu une mère et sa fille, je crois, qui marchait main dans la main... La femme avait l'air très bizard. On aurait dit une gamine adulte. En effet, elle tenait deux ballons de baudruche dans sa main, avait un petit short et un T-shirt fluo, un peu comme ceux des années 90 qu'on à tous en mémoire. (oh oui, ne faites pas genre)
Et elles passèrent devant moi sans prêter aucune attention malgrès mes "Aidez moi borrdel !" lancés à leur attention.
Et je me reconnu, doublement. La petite fille c'était moi, et la grande c'était moi aussi. En réalité c'était l'image que je me faisais de moi adulte à cette époque. La réplique exacte du dessin que j'avais fait en maternelle. Putain.
Je délirais vénère grave comme jamais. Pourtant j'avais rien fumer, rien sniffer, rien avalé d'autre que des ruhms orange. Je décidai de revenir vers la maison de mes potes, je serai mieux avec eux en attendant que ça se calme.
Mais rien. La maison avait disparu. Tout n'était plus que lumière blanche et truc dégueux chaud et grisatre. Putain bis.
Une autre silhouette passait à côté de moi. Une jeune fille. Moi ado, avec une super bonnasse gothique qui marchait un peu éloigné. La jeune fille était assez moche, mono-sourcil et moustaches, et pas super bien fagottée, très masculine. Par contre mon idéal de moi même était assez réussi. Même si je suis encore loin de lui ressembler, et tant mieux d'ailleurs, je suis plus gothique depuis un bon bout de temps. Une traînée de sang les suivait.
Une musique venue de nul part devint omniprésent dans l'athmosphère. Une scène énorme sortait de la masse grise avec un groupe qui m'était très familier. Nina à la batterie, Nina à la basse, Nina au clavier, Nina, aux cuivres,  et bien sûr Nina au chant ! C'est mon groupe ! Putain ça balance grave, normal on reprend Dog Breath de Zappa ! La scène s'élève jusqu'à disparaitre peu à peu dans la lumière. Trop cool.
Une femme avec ma tronche vint alors vers moi et s'adressa (enfin) à moi :
"ça t'a plut? C'est moi qui a fait la régie générale."
Double cool. Mais plus je regarde cette personne (c'est à dire moi quoi) et plus je trouve qu'elle est masculine. Et puis, elle a l'air triste et seul. Mais elle fait un super taf c'est sûr.
Une maison sortie de la lumière vint s'écraser sur moi. Ouch, même pas mal. Très jolie maison. Bien décorée et tout. Et ya une super nana, mince et élégamment habillée qui siflotte en préparant le repas. Il y a trois couverts sur la table. Elle a l'air heureuse. C'est moi, j'ai beaucoup changé. La femme se mit à table et cria que le repas était servit. Un homme magnifiquement superbement extraordinairement beau vint la rejoindre en lui faisant une remarque qui l'a fit beaucoup rire. Un non moins beau petit garçon, les rejoignit. Très poli et bien élevé qui plus est. Et la maison s'enfonça dans ma visqueuse prison grise.
Ma prison grise, chaude et visqueuse. Mais je suis con où quoi?! Je suis dans mon cerveau. Toi lecteur intelligent qui avait deviné depuis le début, pourquoi ne m'avoir rien dit !
J'essaillais de me débattre de toutes mes forces pour me sortir de là. Une vieille dame apparut casi instantanement. Moi vieille. Enfin, ma tête de maintenant sur un corps de vieux. Je ne me vois pas encore vieille à vrai dire.
"Nina, mon enfant", me dit-elle avec cette horrible voix rauque et mielleuse du 3ème age, "tu veux sortir de là? Et bien c'est simple. Grandit."
"Comment faire !"
"Regarde moi vraiment, ouvre tes putain d'yeux !"
Et j'ouvris du plus grand que je pu. Et en effet je vit mieux. Une vieille dame. Mon vieux visage. Ma vieille tête. Et je laissa échaper une phrase toute conne.
"Alors je ne serai pas toujours jeune."



Lorsque je me reveillais, j'étais entourrée de tous mes potes qui lançèrent un soupir de soulagement lorsqu'ils virent mes yeux s'ouvrir.
"Ah Nina ! On a flippé comme c'est pas permis. En sortant tout à l'heure, t'as fait trois pas et tu t'es effondrée comme un merde ! On a cru que tu faisais un coma éthylique !"
Péniblement, je me redraissais. Je jetais un coup d'oeil autour de moi. Tout était à sa place. je me mis à sourir et sereinement je pu enfin leur dire:
"There's no place like home."
Et même le paillasson était d'accord avec moi.
par Nina publié dans : lecrachoir
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Mercredi 12 décembre 2007
Aujourd'hui, on m'a offert des fleurs. Un énorme bouquet de fleurs, au moins un metre de long, avec des plumeaux, des jonquilles exotiques, des feuilles tropicales décoratives et des fleurs blanches. Un très très beau bouquet de fleurs. 
Comme je devais rentrer chez moi, je me suis donc taper 1 heure de RER C avec ma masse florale sous le bras. 

Et là on remarque soudain que le regard des gens change. Une fille seule avec un énorme bouquet de fleurs dans les bras, digne d'une vraie reine de beauté, ça attire le regard. Je deviens alors une jeune fille chanceuse. J'ai probablement un adorable fiancé, prévenant et aimant. Peut-être m'a-t-il demander en mariage? Qui sait? 
Leur regard devient triste et s'emplie de nostalgie pour les plus vieilles, d'envie pour les plus jeunes. 

Et les hommes... Leur regard est interressé. Comme si ce bouquet faisait de moi une femme amoureuse, épanouie, équilibrée. ça doit etre mon anniversaire, mon fiancé me les a faites livrer au bureau et ce soir quand j'arriverai à la maison et que je le retrouverai, je lui sauterai au coup. Ils pensent peut être même à la nuit que nous allons passer. Je deviens désirable à leurs yeux. Je suis pure, je suis entourée de fleurs. Leurs sourirs et même leurs remarques en disent long "Elles sont très jolies vos fleurs." 
C'est comme si ce banal extrait de nature venait embellir tout le waggon, illuminer les visages et me procurer une nouvelle identité. Je ne suis pas mieux habillée qu'un autre jour. Je n'ai pas les cheveux mieux coiffés ni une taille plus fine. Ce qui a changer, c'est ce que je porte et toute la symbolique qu'il représente.

Et pourtant.
Si les gens y regardaient de plus près, ils verraient que ces fleurs sont emballées avec du scotch MAGINEM car je ne sors pas d'une après midi fougueuse, et ce n'est pas mon anniversaire non plus. Non. Ce sont les fleurs qui se trouvaient sur l'un des buffets traiteur d'un événement auquel j'ai participé aujourd'hui. S'ils m'observaient un peu mieux, ils verraient les profondes cernes duent à un levé à 4h00 ce matin. Il verraient que ce bouquet me fait plaisir, mais ne me laisse pas rêveuse. Et que je n'ai pas de fiancé. 

Et ils ne s'imaginent pas non plus qu'avec mon état de fatigue avancée, en arrivant devant ma porte tout à l'heure, j'ai essaillé de l'ouvrir avec ma carte imaginaire. Sans succès.

C'était un extrait bref (et relou) et véridique de la vie de Nina. Retrouvez son oeuvre complète d'auto-analyse de soi en vente chez votre marchand de journaux, le DVD, la figurine et son fascicul au prix incroyable de 2euros. Achète collection.
par Nina publié dans : lecrachoir
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Dimanche 18 novembre 2007
Paradise.jpgJe suis sortie pour aller chercher des clopes tout à l'heure.
Un chemin que j'ai emprunté mille et une fois. Toujours le même. Toujours les mêmes rues. Et toujours en moi cette impression d'évoluer dans un décor de cinéma. Intemporel et froid. Parfois j'ai cette bizarre impression que les passants ne sont que des figurants qu'on a déjà vu des centaines de fois, peut -être dans mille autres films. Ils ont tous le même scénario, ils jouent le rôle de l'ennuie. Et il ne savent jouer que ça. Mon rôle à moi est simple, c'est celui de la solitude. Je marche dans la rue. Je vais acheter des cigarettes. 
Il arrive qu'à un certain stade, le murmure de la ville ne fasse plus qu'un avec le silence.  C'est alors que chaque bruit devient une obsession: le frottement aigüe du pantalon en toile que porte la personne qui vous suit, les pensées qui me traversent et qui résonnent comme des murmures dans une cathédrale.
Fous le camp. Vite.
Oui mais, tel un petit personnage burlèsque des débuts du cinéma, je suis piégée dans un décor, parce que c'est là où toutes mes aventures commencent. "Nina au Congo", "Nina au Tibet"... oui mais Nina et son brave Milou finissent toujours par revenir à Moulinsart.
Bref. J'achète des clopes. Je refais le chemin inverse. Oh et puis merde, je me suis toujours demandé ce qui pouvait bien avoir derrière ces mistérieuses portes en bois qui me foutaient une trouille monstre quand j'étais petite. J'ai grandi, maintenant je n'ai plus peur. Je pousse la porte mittée qui donne sur un couloir encore plus noir que la couille droite de mon chat. J'y vais. J'ai pas peur.
De la lumière au fond. Beaucoup trop. On dirait prèsque la lumière du soleil. Pourtant il fait nuit depuis un moment. Je localise un large trou dans le mur et j'y pénètre. Et c'est avec une grande stupeur que je découvre ce qu'on pourrait qualifier d'un Autre Monde.
Mon Dieu comme c'est beau. On dirait le Quebec sauvage. Des montagnes recouvertes d'arbres aux ramures bleues/vertes. Des lacs immenses qui forment une parfaite symétrie horizontale. Le ciel est bleu, pas bleu gris, juste bleu. On devine des cascades et des torents cachés ça et là. L'air est frais et pur. C'est l'automne au beau milieu du printemps. Je m'aventure plus loin dans la forêt pour finalement arriver sur une large prairie. Il y a des gens. Je viens vers eux.
"Bonjour" me lance l'un d'eux, sans aucune forme d'aggressivité.
"Euh, bonjour. Euh.... excusez moi de poser cette question mais... je suis où là?"
"Comment ça tu es où? Tu es sur Terre déjà pour commencer !" Cette remarque fait rire ses congénères.
"Euh ok. Mais je n'ai pas l'impression de connaître cet endroit pourtant"
Notre entretient est interrompu par une sorte d'aigle qui vient se poser sur le bras de mon étrange interlocuteur.
"Les castors ont fini de construire le bateau," lui dit l'aigle "nous pourront partir quand vous le souhaitez"
Je ravale aussi sec l'atroce salive angoissée que cette scène ma déclanchée.
"UN OISEAU QUI PARLE !!!!!????"
"Et bien oui? et après?"
"Là d'où je viens, les animaux ne parlent pas"
"C'est très dommage ça"
Mais où je suis bordel? En plus je crève de faim. Le grand air, ça ouvre l'appétit.
"Tu as faim?" me demande une des femmes de la "tribue jesaispasquoietenplusçacommenceàmefoutrelesboules"
"Oui! Comment avez vous deviné? "
"Tu ne sais pas non plus lire les pensées???"
Merde alors, ces gens là doivent utiliser la totalité de leur cerveau.
"Viens, il y a ce que tu veux sous la tente, sers toi"
Du chocolat, du fromage, de la viande, des gâteaux en tous genre, des trucs plus gras et succulent que jamais.
"Je peux pas manger ça...ça va me faire grossir comme une patate"
"Grossir?? Voyons ! Le sucre ne fait pas grossir, encore heureux !!! Sinon la vie serait trop triste !" Ils se bidonnent à nouveau. Putain, j'ai compris, je suis au Paradis.
"Je peux faire l'amour avec votre femme?" demande-je au grand chef en toute inocence...
"Bien sûr voyons ! Tu es ici chez toi !"
Hihi, cool !!! Mes doigts mals intentionnés éffleurent à peine le décolté de la demoiselle que je me fais apper le col par une immonde chose toute blanche.
"Dieu* ! Toi ici ! Putain !  il faut toujours que tu te pointes aux moments où ça devient interressant !"
"Ouai, éh ben casse toi d'ici t'as rien à y faire ! "
"Oh ça va j'ai pigé... 'mon heure n'est pas encore arrivée gnagnagna"... héhé, c'est bon. J'attendrais" répond-je illare face à la découverte énorme que je viens de faire au nez et à la barbe de mon Créateur.
"Tu me fais rire Nina, je ne te le répeterai jamais assez décidement !"
"Quoi? Pourquoi? Qu'est ce que ça veut dire?" Je déteste quand il prend ses grands airs.
"Non....Toi tu retournes dans ton monde. Jamais tu foutras un pied au Paradis. Fallait y penser avant."
"Avant quoi??"
"Avant d'avoir été une vilaine fille et d'aterrir en Enfer. Allez, du balais ! "
Et d'un claquement de synapses, il me renvoit fasse au mur du couloir noir, cette fois ci rebouché.
Merde alors. Je suis pas dans un film, c'est encore pire, je suis en Enfert. Et je sais même plus pourquoi. Quelle connerie....J'aurai dû m'en douter aussi. Maintenant que je le sais, tout me parrait évident : les figurants ont des visages d'assassins et les murmures se transforment en cris de douleur. Ah, sacré Dieu. On a beau deviner certaines de ses entourloupes, il a toujours une surprise dans son sac.
Je retourne chez moi. Le capitaine Haddock fume tranquillement sa pipe au coin du feu. Une soirée de plus qui s'achève en Enfer.


*Dieu est mon copain depuis l'article "Rencontre avec Lui"

par Nina publié dans : lecrachoir
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Jeudi 25 octobre 2007
putain.jpgPlus fort que Jonh Malkovich, plus authentique que Loft Story, plus pénétrant que Streep Tease... mes amis ce soir je vous offre 24h de la vie de Nina.
Mon reveil sonne (les journées commencent toujours comme ça c'est d'une tristesse...) il est alors 6h30 du matin mais je ne m'en rendrais compte qu'à 7h00 voir 7h30. Pourtant j'ai branché NRJ histoire d'être encore un peu plus agréssée. Je me lève péniblement. Quand je dis péniblement, je veux dire qu'un condamné à mort a sans doute plus d'entrain pour aller à la chaise électrique, c'est dire. Les premières choses qui me viennent à l'esprit: PUTAIN MERDE FAIT CHIER, ya que quand je serai morte qu'on me foutra la paix. A ce moment précis j'encule à sec la terre entière. Je me mets sur mes jambes, je me dis que je suis en retard et que tant pis, je me laverai pas ce matin, tant pis si ça fait 2 jours. M'en branle. De toute manière personne m'attendra ce soir à la maison alors à quoi bon?
Petit dèj devant télé. Oubli de soit pendant un long et agréable moment.
Dehors. Il fait froid, ou trop chaud, j'aime pas. Bon, c'est pas grave j'ai mon PoPod qui va m'accompagner musicalement dans cette douloureuse épreuve. A peine 3 mesures de Father O'blivion qui me passe sous le nez. Je n'ai plus de batteries. J'en chialerai. Je fume une clope. Je rate pas mon train.
Le train j'aime bien. Il fait chaud ou frais. Et puis je me démerde toujours pour repérer le péquin qui a pas débaler ses affaires, ce qui veut dire qu'il descend dans pas longtemps, ce qui veut dire qu'il va me laisser sa place à côté de la fenêtre. La vie est faite de petits stratagèmes obsessionnels.
Quand j'ai pas de musique, je pense. Je cherche des solutions pour être riche sans rien foutre. J'ai pas encore trouvé. Je pense aussi que se serait marrant si le type en face de moi se mettait à chanter et que tout le monde fasse une choré dans le waggon. Ou j'me demande ce que je ferai si quelqu'un se faisait aggresser là. Je repère les endroits où je pourrai le tuer sans qu'il me voit. J'essaille de faire peur aux gens pour pas qu'ils s'asseillent à côté de moi.
J'arrive au taf.
Je sort du taf.
Je me dis que j'aime mon métier, et que tant que j'aurai des frissons en imaginant une salle énorme dans laquelle on ferait des essais sons, j'aimerai aller au taf, même s'il est 21h, et que j'ai commencé à 9.....
Je reprend le RER C, le bon, le seul, l'unique, le "qui arrive jamais", le "qui a du retard alors que t'attends qu'une putain de chose c'est rentrer chez toi".
Dans ce moment là de la journée, j'ai rechargé mon Popod au taf mais je pense toujours. Les pensées du soir sont, la plupart du temps, consacrées à la vie sentimentale. D'abord je me dis que je fais de la merde et que je couche avec un peu trop de gens en ce moment. Je repense à mon Raoul avec qui je ne suis plus, à mon IM avec qui j'aimerai tellement être , je repense à Berni aussi, mais ça me fait plus rien.
Et puis le soir j'ai toujours une sainte envie de baiser. Parce que je suis bien dans mon train, à me laisser vivre comme si c'était le ventre de ma mère. Il manque plus que du cul et je serai bien là.
J'arrive chez moi. "Chérie! Les enfants! J'suis rentrée"
Ah non, pas de réponse.
Je me pose tristement devant mon ordi. Pas d'article ce soir. Personne d'interressant sur msn.
Pourtant je me coucherai à 2h00 comme tous les soirs, histoire de vivre un peu plus. Ou du moins en avoir l'impression.
Le meilleur c'est quand enfin je me fonds dans l'extrème mouelleux de mon lit. Mon lit, mon lit, mon lit. Putain, je baiserai bien là.



par Nina publié dans : lecrachoir
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Vendredi 12 octobre 2007
D'abord c'est noir
On voit juste quelques vagues qui sursautent
Et puis ça se colore d'un coup
D'un coup des néons de toutes les couleurs
Et ça s'envole et ça part dans tous les sens
Et ça avance vite
ça grelotte
Quelque fois c'est inquiétant
On repart vers les néons
C'est toujours noir
Mais ça va vite, de plus en plus
ça court, c'est beau
Il fait plus clair
C'est bleu ciel
On s'approche du soleil
On est vraiment très haut
On ralentit
On retombe un peu, on fait des zigzags
On va un peu plus vite
Et encore plus vite
Et on s'approche de la vitesse de la lumière
Il refait noir
Les néons frôle à quelques milimètres
ça pique un peu
ça chatouillerait prèsque
ça refait un peu peur
On se heurte aux néons
Un tombe tout doucement
On atterri.

On enlève ses écouteurs et on se dit :
"Putain...Zappa est un Dieu."

par Nina publié dans : lecrachoir
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Mardi 11 septembre 2007

PeupleMaudit.JPEGJe fus réveillé de très bonne heure ce matin - le soleil était à peine levé -  par le carillons incessant  des cloches de notre église. Interrompu dans mon sommeil, je m'assis péniblement sur mon lit en frottant mes yeux encore tout gonflés de fatigue. Mais pourquoi un tel vacarme à cette heure ci? 
Soudain, un éclair traversa mon corps de part en part. Mon dieu ! C'est AUJOURD'HUI ! 
Je me levais d'un seul bond. Je ne tenais plus en place tellement mon exitation était grande. Je trifouillais les quelques esquisses de la veille restées sur ma table, je rangeais mécaniquement des objets déjà à leur place... Il fallait que je me calme. Je me rafraichis rapidement le visage à l'évier et je sautai dans mon complet. Je pris néanmoins la peine d'emporter mon carnet de dessins et je fonçai en direction de l'église. 
Dans l'escalier, je croisai madame la concièrge, elle aussi sur le départ:
"Stuart, mon petit, vous auriez pu vous raser pour l'occasion ! "
Je lui répondis par un sourire géné. Elle n'avait même pas pris la peine d'enlever ses bigoudis.
Je déboulai sur la Grand'rue. Le spectacle était hallucinant. Les immeubles se vidaient de tous leurs habitants, certains encore en pyjama, d'autres en portant leurs enfants sous le bras pour aller plus vite. Quelques minutes plus tard, la ville entière était réunie sur le parvis de notre église.
Les cloches cessèrent de sonner et la foule resta muette pendant une très longue minute. On aurait dit que même les oiseaux s'étaient tus. Puis la porte s'ouvrit enfin et l'archevèque en personne vint nous parler.
"Mes très chers amis! Le jour que nous avons tant attendu, que nos ancêtres eux-mêmes ont attendu si longtemps, oui mes amis, ce jour est enfin arrivé ! IL m'a parler cette nuit !"
La foule acclama de tout son coeur, rompant alors brutalement le silence qui reignait jusque là.
"Mes amis vous ne rêvez pas ! DIEU m'a téléphoné cette nuit et il ma dit que le jour de délivrance était venu !"
Je ne pus m'empêcher de pleurer de bonheur. Je pensai alors à ma pauvre mère qui n'était plus là pour voir ça. 
"Mes frères, voilà plus de 250 ans que notre peuple..." Son discours fut interromput par un vacarme jamais ouïe auparravant, une sorte de grincement surpuissant. Ce n'était autre que les lourdes portes de notre ville qui s'ouvraient, pour la première fois en 250 ans.
Une armée d'au moins 10 000 fantassins en armure d'or fit d'abord son entrée. Qu'ils étaient beaux et noble ! Nous reconnûmes tous la puissante armée divine, exactement comme on nous la décrivait dans nos livres d'école. Les trompettes sacrées sonnèrent et le char de Dieu pénétra enfin dans la ville. C'était un immense char fait d'or et de verre, qui rayonnait comme un soleil. Il faisait largement la taille d'un immeuble. Je m'empressais alors d'esquisser ce moment unique de ma pauvre main de mortel. 
Dieu se tenait tout en haut, les bras croisés, envloppé dans une monumentale cape blanche immaculée qui cachait son corps et son visage. Nous le savions bien, nulle n'est censé voir le visage de Dieu mais son oeil bienveillant nous regardait vivre dans nos rues, au cinéma, à l'église et jusque dans nos foyers.
Nous nous mîmes à chanter un refrain populaire à sa gloire, pour lui souhaiter la bienvenue : 

"Nous sommes le peuple maudit
Car nous T'avons trahi 
Et Tu nous as punit
Quand nos fautes seront expiées
Tu viendras nous délivrer
Avec Ta grande Armée
En attendant Tu veilles sur nous
A travers les petits trous
De tes yeux qui sont partout"

Dieu tendit la main et le silence se fit. Il leva son bras lentement sans dire un mot... puis l'abaissa brusquement ! Les fantassins ouvrirent alors le feu sur la foule, n'épargnant personne. Hommes, femmes, vieillards, enfants et même animaux, tous massacrés de la manière la plus sale et vile qui soit. L'armée divine embrocha, évida, viola, décapita, souilla et brula tout les habitants de ma chère ville jusqu'au dernier. Et le dernier, c'était moi.
Dieu était descendu de son char. Je le vis. Il avait un visage commun et n'était guère plus grand que les autres. Il dit à un de ses fantassins:
"Garder moi celui-là, nous ferons des expériences sur lui au Palais."

Voilà. Je suis dans une espèce de fourgonnette en route vers la mort. Il y a une petite fenêtre qui donne dehors. Je pourrai m'enfuire, mais je préfère rester là à dessiner le décor qui défile. Dieu a décidé que je devais mourrir. Les voies du Seigneur sont impénétrables. 

par Nina publié dans : lecrachoir
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Jeudi 6 septembre 2007
Bande de cloportes dégoutants.
C'est ce que je me dis tous les jours dès  que je mets un pied dehors. Putes. Impuissants. Frustrés. Débils. Ils parlent tous pareils, à base de blagues tirées de glorieux films comme Camping ou je sais pas quoi... Habillés tous pareil. Tas de fumier. 
Je ne suis pas de ce monde. Je suis un mysanthrope.
Le malheur des gens ne m'interresse pas. Je me fous de leurs vies de merde, de leurs enfants obèses, du temps qu'il fait ou qu'il fera se week-end. D'ailleurs je me fous du week end.
Je n'ai pas envie de sortir le week-end. Toutes ces merdes ambulantes qui étallent leur bonheur surjoué alors que tout le monde sait que c'est une comédie. Le mec sait déjà que se soir il restera couilles croisées parce sa meuf sera creuvée à cause des gosses. Et le chien viendra dormir entre eux. Qu'il est mignon le chien. Il a bon dos le chien. Il comble parfaitement le néant interstellaire qu'il subsiste entre eux.
Je n'aime pas les gens. Au travail, en costume d'arogance, les oreilles décollées, le rire gras et bête, ils s'en vont cultiver leur cholesterol de petits bourgeois minables. Et vas-y que ça drague l'hotesse d'acceuil qui rigole comme une grosse cruche à des blagues qu'elle comprend à peine. Ils rient avec leurs sales dents en avant. Ils sont laids. De purs monstres, la bite en cravatte.
Je hais les gens. Partout. Tout le temps. Les gens ne s'interressent qu'à 3 choses. Dans l'ordre ça donne : ce qu'ils possedent, ceux qui les possèdent et leur sexe putride. Sales bestiole arrièrées. Vous me faite vomir et j'ai honte de faire partie de votre société. Cette société dont vous étiez si fière et qui n'est plus qu'une mécanique d'auto-sodomisation de l'individu.
Société = sécurité. Mes couilles ouai ! Même les jouets pour enfants sont dangeureux maintenant. Y'a de la merde dans le ventilo... Je ne comprends plus alors je me mets à hair de toutes mes forces.
Je gerbe sur l'Humanité, sur l'amour, la foi, toutes ces choses minables sur lequels vous vous racrochez.
Je m'en branle.
Quand je serai très vieux, je quiterai ma maison pour m'allonger dans la forêt. J'écouterai la musique du vent, et le soleil viendra bénir mon front. Là j'aurais compris toutes les choses que se monde avait à offrir. Quand est-ce qu'ils comprendront ces cons? Ils s'arrachent les cheveux à savoir pourquoi nous sommes là. C'est tellement simple pourtant, tellement évident. Encore faut-il lever les yeux de temps en temps et se regarder autrement que dans un miroir.
A vous je vais le dire:
Nous ne sommes que les humbles spectateurs d'un chef-d'oeuvre titanèsque. Notre rôle c'est de le comprendre, l'admirer, l'envier, le célèbrer. Simplement pour dire au patron qu'il a fait du bon boulot.

par Nina publié dans : lecrachoir
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Mardi 14 août 2007
Y'en a qui on le coeur grenadine, moi j'ai les yeux marocains. 
Quand j'étais petite, on me disait souvent "Ah, toi tu as les yeux marrons, les yeux de cochons !"
Putain qu'est ce que j'aurai donné pour avoir les yeux d'amoureux, ou les yeux de vipère... Tout sauf ces saloperies de yeux de cochons. Au Maroc on ne mange pas de porc. 

Losque Charlie et moi même avons décidé de faire un trip au Maroc, à Marrakech plus exactement, je ne savais pas trop à quoi nous nous exposions. Le Maroc, c'est là d'où je viens mais je ne connais pas ce pays. Un soir, nous avons été invité à diner par Paul, un quincagénaire français installé à Marrakech depuis plus de 10 ans. Nous l'avons vu arrivé de loin, au volant d'une petite 2 chevaux rouge, le joint au bec, dans une superbe tenue faite à partir d'un tissu imprimé d'Afrique "vert jaune rouge". Nous avons diner chez lui, nous avons beaucoup bu, beaucoup parler. Et puis, après qu'un ange soit passé, il s'est penché vers moi, regarda droit dans mes yeux de cochon (lui a des beaux yeux d'amoureux) et me dit: 
"Tu viens d'un tout petit village de l'Atlas, pas très loin d'ici. Ton arrière grand-père était tailleur de pierre à Erachidia."
"Erachidia ? C'est loin d'ici?"
"200 bornes de desert et de montagnes, vers l'est"
Le lendemain, à bord d'une Lada de location, Charlie et moi étions sur la route vers quelque part, au milieu de nulle part. Le desert et au loin la montagne, mes jolies montagnes, bien plus jolies que celles de cette conasse d'Heïdi. A fur et à mesure que nous avancion dans la montagne, la route se faisait de plus en plus tortueuse, puis carrément impraticaplable. Charlie pesta :
"Bon, on fait demi tour ? "
"Non, on y est presque."
"T'es chiante."
Et on a continué à pieds, sur des kilometres et des kilometres. Au loin, on voyait un minaret qui se détachait. Et puis nous sommes arrivé à Erachidia. Sous mes sandales, de la terre battue. L'odeur qui prédominait était celle de la ferme : une odeur de merde, mélée à celle du lait, des épices et de mille autres choses. Une très bonne odeur. Nous étions entourés de maison rouges, entourées de montagnes vertes, enveloppées dans le ciel bleu foncé. Des gamins se lavaient dans le courant d'une petite rivière. Deux très vieux monsieurs tout noirs et tout ridés étaient assis sur un ban de pierre, voutés et secs comme les oliviers qui bordent la vallée. Je me suis avancée sur la place principale. A l'angle d'une ruelle, dans un tout petit atelier ouvert, un homme était en train de tailler des pierres. J'ai regadé Charlie qui se marra:
"C'est peut-être ton arrière grand père!"
"C'est ça marre toi ! Mon arrière grand-père est mort fou, errant dans l'Atlas."
"La classe."
Je me suis approché du tailleur. Interpellé, il a interrompu son travail puis il s'est levé pour aller vers moi. Il m'a regardé dans les yeux, c'était comme si je regardais dans les miens. Après un long silence, il me murmura dans un français rythmé par l'accent du coin:
"Tu as les yeux marocains, tu viens d'ici."
Je me suis contentée de hocher la tête pour dire oui. 60 ans auparavant, Shalom Ben Hamou se tenait là où je me tiens, il taillait des pierres, sa famille était pauvre, il était juif et, ironie du sort, il murrut en errant. 60 ans plus tard, je suis là. Je marche sur ses pas.
Je rejoignis Charlie qui était resté en retrait. 
"Alors, c'est tout ?"fit-il,
"Oui, barrons nous. On a plus rien à faire ici."
En effet, plus personne n'avait à faire quoi que ce soit ici. Cet endroit n'existait pas. Ce n'était qu'un vestige d'un temps révolut qui s'évanouit lorsque nous retrouvîmes notre Lada.
Nous sommes retournés à Marrakech. Mes yeux étaient tombés amoureux, mais ils sont restés marrons. Et c'est tant mieux.
par Nina publié dans : lecrachoir
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